vendredi 2 mai 2008

Le Printemps mouvementé mais salvateur de Barack Obama


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La course à l’investiture démocrate se prolonge, se durcit, se salit même et s’éloigne de plus en plus des vrais sujets qui intéressent les américains et nous autres citoyens du monde. Forte de ses victoires dans l’Ohio et en Pennsylvanie notamment grâce aux voix des cols bleus, des personnes âgées et des femmes, Hillary Clinton met toute la puissance de son camp pour démontrer aux électeurs et aux super-délégués qu’elle sera plus "electable" en Novembre face à John McCain dans les "swing States" (elle y inclut malicieusement la Floride où la démographie semble lui être favorable mais dont l’élection primaire tenue en Janvier n’est pas validée par le parti Démocrate).

Tout le prestige de la dynastie Clinton, les relations nouées pendant les deux mandats Clinton, la popularité et l’activisme d’un Bill Clinton déchaîné et parfois incontrôlable, la redoutable et légendaire ténacité de Hillary rendent encore plus épique le combat que mène Barack Obama pour changer le pays. La stratégie de plus en plus négative du camp Clinton qualifiée de "kitchen sinking" pour salir Obama en lui "balançant de la boue de toute part" selon les dires des responsables de campagne de Clinton, pour déformer ses positions et remettre en cause ses projets pour les Américains couplée à des messages colportant "la peur" et "les menaces" (la publicité juxtaposant les images de Pearl Harbor, du 11/9 et de l’ouragan Katrina à la veille des primaires en Pennsylvanie ou la volonté de raser ("obliterate") l’Iran de la carte dans le cas d’une attaque contre Israël) semblent avoir un vrai impact sur l’électorat et retarder l’échéance d’une victoire annoncée de Barack Obama en évitant un mouvement de masse des super-délégués vers celui-ci.

Mais ce sont indiscutablement les péripéties autour des rapports de Barack Obama avec son ancien Pasteur et les récentes déclarations de ce dernier dans les médias qui semblent représenter le choc le plus violent que le clan Obama ait eu à affronter jusqu’à ce jour dans cette campagne. Après les sorties fracassantes du Pasteur pendant plusieurs jours consécutives la semaine passée, le passage en boucle de ces propos sur les MSM ("MainStream Media", CNN, ABC, FOX en particulier) Obama a dû dénoncer avec force les propos qui le qualifiaient d’hypocrite car "en tant que politicien, il ne pouvait que se distancer de Wright pour se faire élire". Après le discours rassembleur, puissant et historique de Philadelphie sur la race et la distanciation nuancée, révérencieuse et élégante à l’égard des propos incendiaires de son Pasteur, Obama a dû changer de stratégie et de rejeter puissamment les propos et la méthode de Wright (la nuance dans le jugement une qualité pour certains peut être récupérée immédiatement comme faiblesse électorale par d’autres !).

Tout ceci a été naturellement du pain béni pour le camp Clinton qui doit absolument l’emporter mardi prochain dans l’Indiana pour conserver une maigre chance de rester dans la course à l’investiture démocrate. Les sondages ont tendance à s’inverser en faveur de la Sénatrice du New York mais les super-délégués semblent toujours favoriser Barack Obama.

Malgré la violence inouïe de cette campagne interne au parti démocrate et les risques de séquelles irréversibles et de division profonde dans l’électorat démocrate, ce chemin de croix qu’est devenue la campagne des primaires représente une chance unique pour le clan Obama. Voici les aspects positifs de cette épreuve qui augmenteront sans aucun doute les chances de victoire de Barack Obama en Novembre :

- La mise en place progressive d’une impressionnante organisation de terrain ("grassroots") formée de bataillons de sympathisants et de volontaires pour quadriller les 50 Etats et la mise à l’essai d’un dispositif de levée de fonds d’une efficacité inégalée dans l’histoire électorale des Etats-Unis (1 500 000 donneurs nouveaux contribuant 100 $ en moyenne) seront les deux tremplins majeurs d’une victoire en Novembre contre McCain.

- Barack Obama est le candidat le moins connu et le plus nouveau des trois toujours en course (d’où ses points faibles avec l’électorat âgé et moins éduqué): il a tout à gagner à se faire connaître, à parcourir le pays et à présenter ses valeurs, ses origines, ses accomplissements et son projet présidentiel. La mise en évidence de ces points faibles électoraux est par ailleurs une énorme chance car le candidat aura 6 mois pour rectifier sa stratégie de campagne et y focaliser toute son énergie et son argent.

- La violence de cette campagne des primaires n’a rien à envier à la campagne à venir contre McCain et le GOP. Cette campagne sera plus qu’un tour d’échauffement et la preuve irréfutable que, contrairement à ce que martèlent ses détracteurs, Obama ne manque pas d’expérience et d’intelligence pour gagner une élection majeure (critère de choix crucial pour les super-délégués dans la dernière ligne droite).

- Obama sortira plus fort, plus expérimenté, plus dur ("tough") et plus réactif face à aux adversités (malgré sa douceur, sa politesse et son élégance naturelles aux antipodes des personnalités de Clinton et de Bush), qu’elles viennent du camp "ami", du camp d’en face ou des "MainStream" médias toujours plus à l’aise avec le statu quo (l’incroyable débat biaisé de Pennsylvanie sur ABC où les modérateurs ont voulu volé la vedette aux candidats en "grillant" Obama, le prolongement du "suspense" mis en scène comme un drame sur CNN, la passage en boucle des propos de Wright sur Fox, etc.)

Enfin je termine ces notes en citant Barack qui résume bien la situation en quelques mots (meeting dans l’Indiana, hier soir):

Because we’ve been so successful, that’s why my opponents have been trying to make this election about me lately,” Mr. Obama said, to a large crowd on Wednesday evening in Bloomington. “ ‘We’re not sure he shares our values. We haven’t seen him wear a flag pin lately. He’s got a funny name. He says he’s Christian, but we don’t know. His former pastor said some terrible things and so, can we really trust this guy?’

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